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Drapeau de la RFSY
Drapeau de la République fédérale de Yougoslavie
La Yougoslavie (Jugoslavija dans les langues slaves, en cyrillique Југославија, signifiant pays des Slaves du Sud en serbo-croate) était le nom d'un État d'Europe du Sud ayant existé sous différente forme entre 1918 et 2003 et ayant regroupé les actuels pays de Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Monténégro, Serbie, la Macédoine, ainsi que la république du Kosovo dont l'indépendance n'est pas unanimement reconnue. La Yougoslavie a correspondu à trois réalités politiques différentes au cours du XXe siècle :
Histoire de la YougoslavieOrigineLes provinces illyriennes et le romantisme nationalisteEn 1806, les armées napoléoniennes conquièrent la partie nord de la Dalmatie ainsi que l’Istrie, alors sous domination vénitienne, puis en 1809, le sud de la Dalmatie jusqu'à Dubrovnik, la côte monténégrine, la Croatie militaire et la Croatie civile ainsi qu’une grande partie de la Slovénie. En 1810, le Maréchal Auguste de Marmont crée les provinces illyriennes, y impose le code Napoléon et des travaux de construction de route et de déforestation. Le régime français impose aussi l’enseignement d’un même dialecte, le Chtokavien (štokavski) dans les écoles et encourage son utilisation par les journaux[Lampe 1]. En 1812, Šime Starčević publie une grammaire illyrienne, c’est-à-dire croate, à Trieste. Les défaites de l’armée napoléonienne en Russie en 1812 puis celle de la bataille de Waterloo mettent fin à la courte domination française mais suite à la révolution française de 1789 et aux guerres napoléoniennes, se sont répandues en Europe de nouvelles idées politiques et une notion nouvelle de nationalisme et de démocratie libérale[Hupchick 1]. Après 1814 et le Congrès de Vienne, la diffusion de ces idées est combattue en France, en Russie, en Prusse et dans l’empire des Habsbourg mais malgré la politique répressive des monarchies les idées se répandent et en réaction naît le mouvement des Romantiques et le nationalisme romantique[Hupchick 2]. L'indépendance de la SerbieDepuis 1739 et le retour du contrôle ottoman sur la région de Belgrade, les autorités ottomane et le sultan Selim III encourageaient l'autonomie locale des Serbes et finançait ses milices afin d'assurer une certain ordre. Cependant, suite à l'alliance des Serbes avec les Habsbourgs pendant la guerre de 1788-1791 (ou guerre de Koča), et face à la crainte du Sultan d'une alliance chrétienne menée par la France de Napoléon contre l'empire Ottoman[Hupchick 3], Selim confisque les armes des milices serbes et les janissaires reprennent le contrôle des provinces serbes en 1801. En 1802, le premier soulèvement serbe commence par une révolte locale contre les janissaires mené par Đorđe Petrović dit Karađorđe, Đorđe le noir, mais en 1804, alors que Selim fait assassiner un grand nombre de leaders locaux[Lampe 2], la répression ottomane transforme ce qui n'était qu'une révolte locale en un mouvement national populaire[Hupchick 4] ayant pour but de se séparer de la domination de l'empire. En 1806 les troupes de Karađorđe, soutenues matériellement par la Russie du Tsar Alexandre, prennent Belgrade. L'attaque de la Russie et de l'Angleterre contre l'empire Ottoman allié de Napoléon pousse Selim à proposer l'autonomie aux Serbes mais Karađorđe refuse et signe une alliance avec la Russie en 1807. Cependant en 1807 avec le Traité de Tilsit puis en 1812 avec le Traité de Bucarest la Russie cesse ses attaques contre l'empire ottoman laissant celui-ci libre de mater la rebellions serbe. En 1813, Karađorđe fuit en Autriche et les ottomans ont repris le contrôle des territoires serbes. Le second soulèvement serbe débute en 1815 et est mené par Miloš Obrenović, qui avait obtenu des Ottomans le titre de knez, ou prince, alors que Karađorđe était toujours en exil. Obrenović négocie et obtient du sultan Mahmud II une certaine autonomie pour les provinces serbes dès 1816. Les Serbes sont autorisés à conserver leurs milices et à se réunir en assemblés de notable (Skupština) pour des gouvernements locaux mais les garnisons ottomane restent présentes et une partie des taxes est toujours payé à l'empire[Hupchick 5]. Lorsqu'une nouvelle guerre éclate entre la Russie et l'empire ottoman en 1828 Miloš Obrenović est bien placé pour négocier une plus large autonomie pour la Serbie face à la crainte de l'empire ottoman d'une nouvelle alliance Serbo-Russe et, en 1829, le traité d'Edirne (ou traité d'Andrinople) donne à la région de Belgrade le titre de principauté autonome au sein de l'empire ottoman gouverné par Obrenović en temps que prince héréditaire. En 1842 Obrenović est contraint d'abdiquer face à la monté en puissance de ses opposants religieux, marchants et diplomate qui placent l'héritier de Karađorđe, Aleksandar Karađorđević sur le trône. L'influence d'Aleksandar est limité face à un de ses ministres, Ilija Garašanin, favorable à l'établissement d'un état sud-slave rassemblant la Bosnie-Herzégovine, le Montenegro, la Macedoine, le Kosovo et le nord de l'Albanie et centré sur Belgrade comme décrit dans le Načertanije rédigé en 1844[Lampe 3]. Aleksandar Karađorđević regne jusqu'en 1858 lorsque Miloš Obrenović, de retour d'exil, reprend le pouvoir. Obrenović déclare en 1860 la précédente de la souveraineté Serbe sur l'empire ottoman mais meurt l'année suivante donnant le trône à son fils Mihajlo Obrenović. Mihajlo Obrenović modernise l'armée, obtient en 1867 le retrait de toute les garnisons ottomanes de Serbie et s'allie avec la Roumanie, en 1865 et 1868, avec le Montenegro en 1866, avec la Grece en 1867 et avec les révolutionnaire bulgare en 1866 pour chasser les Ottomans des Balkans mais il est assassiné en juin 1868 ; son neveu Milan Obrenović lui succède. Suite à la Guerre russo-turque de 1877-1878, la Serbie obtient son indépendance en 1878 et Milan Obrenović devient Milan Ier de Serbie. L'indépendance du MonténégroLa principauté du Monténégro au XIXe siècle, dominée par l'empire ottoman, était sous-développé et isolé en comparaison des autres territoires de la future Yougoslavie. Ses 60 000 habitants était principalement repartit dans des villages de montagne[Lampe 4]. Plusieurs prêtres orthodoxes basés à Cetinje, soutenu par les Russes, avait tenté de mettre en place un certain centralisme. Établit en 1851, Danilo promulgue un code législatif, unifie l'armée et agrandit la principauté mais c'est son successeur le prince Nikola qui double la taille des territoires sous son contrôle et gagne accès à l'Adriatique. Grâce à l'appuie de la Russie, et suite à la Guerre russo-turque de 1877-1878, le Monténégro obtient son indépendance au Traité de Berlin de 1878. L'état investit fortement dans l'éducation et l'envoie d'étudiant à Zagreb ou à Belgrade établit des connexions intellectuelles avec les autres états sud-slaves. Le mouvement des Illyriens
Représentation de renouveau croate (Hrvatski preporod) sur un rideau du théâtre national croate de Zagreb
Dans les années 1830, un groupe de nobles et de publicistes croates, centré à Zagreb et à Karlovac, se rassemble autour de Ljudevit Gaj dans l’idée d’unir les sous-groupes sud slaves des Slovènes aux Bulgares. Ljudevit Gaj, influencé par le philosophe allemand Johann Gottfried Herder, considère que la langue est le principal élément fédérateur d’une nation devant les précédents historiques [Lampe 5]. Gaj consolide les différents dialectes de Croatie en se basant sur le Chtokavien (štokavski) et le mouvement publie en 1835 un dictionnaire qui est une première définition du langage croato-serbe. À la même époque en Serbie, Vuk Stefanović Karadžić simplifie l’orthographe de la langue serbe et publie un dictionnaire et une grammaire serbe également basé sur le dialecte Chtokavien (štokavski). En Slovénie c’est Jernej Kopitar qui codifie à la même époque le slovène. Le mouvement des Illyriens (Ilirski Pokret) gagne en influence face à la menace de l’empire hongrois qui se manifeste en 1827 par la volonté d’imposer la langue hongroise à la place du latin au parlement ainsi qu’en 1832 à 1836 par la loi d’inspiration libéral réduisant les droits de la noblesse sur les paysans[1]. Le mouvement obtient ainsi en 1840, la permission royale de faire de l’illyrien la langue d’instruction dans les écoles élémentaires des territoire de Dalmatie, Slavonie et dans la Croatie civile. En 1850, à l'initiative du Slovène Franc Miklošič, l'accord de Vienne est signé entre deux écrivains serbes, Vuk Karadžić et Đuro Daničić, cinq homme de lettres croate, Ivan Mažuranić, Dimitrija Demeter, Stjepan Pejaković, Ivan Kukuljević et Vinko Pacel et le Slovène Miklošič concernant l'unification de la langue « croate ou serbe » ou serbo-croate dans le but de faciliter les interactions avec la bureaucratie autrichienne. Dans les années 1840, le mouvement des Illyriens se transforme en mouvement politique sous le nom de Parti national ou parti du peuple (Narodna Stranka), rassemblant des Serbes urbain et des Croates. Le parti gagne des sièges aux élections locales de 1841-1842 notamment à Zagreb. Gaj, qui n'était pas noble est contraint de céder la direction du parti à la noblesse croate et particulièrement au comte Janko Drašković qui se concentre sur l'objectif d'un Royaume triunitaire de Croatie-Dalmatie-Slavonie au dépend d'une alliance avec la Serbie. L'appui des troupes du nouveau Ban de Croatie-Slavonie désigné par Vienne, Josip Jelačić, aux Habsbourgs et aux Serbes de Voïvodine contre les Hongrois lors de la révolution hongroise de 1848 n'empêche pas les autrichiens d'interdire le Sabor de 1849 à 1860 et de contrôler maintenant directement la Dalmatie et la Voïvodine. Dans les années 1860, l'évêque croate Josip Juraj Strossmayer utilise pour la première fois le terme « Yougoslave ». Lorsque le Sabor est de nouveau autorisé en 1861, Strossmayer prend la direction du Parti national bien que celui-ci se divise en 1863. Il co-fonde, avec Franjo Rački en 1866, l'Académie yougoslave des Arts et des Sciences de Zagreb. Strossmayer cherche l'union des Serbes et des Croates sur le plan linguistique, selon les idée de Gaj, mais aussi sur le plan religieux en s'opposant par exemple à la déclaration d'infaillibilité pontificale en 1870 et en suggérant aux Serbes de reconnaître loyauté à l'Église catholique romaine. Toujours en 1866, il entre en contacte avec le ministre des affaire étrangères serbe Ilija Garašanin pour former un système d'alliance. Strossmayer et Garašanin s'accordent sur un objectif de confédération sud-slave bi-polarisée sur Zagreb et Belgrade ; cédant la domination de la Bosnie-Herzégovine à la Serbie en l'échange de l'union de la frontière militaire, de la Slavonie et de la Voivodine avec la Croatie civile[Lampe 6]. Strossmayer quitte la politique en 1868 suite à l'accord hongaro-croate, Nagodba, limitant l'autonomie de la Croatie civile. Dans les années 1860, une autre courant politique est incarné en Croatie par Ante Starčević et Eugen Kvaternik qui fondent, en 1861, le Parti du Droit pour combattre le centralisme du régime autrichien mais le parti n'a que peu d'influence face au Parti national réunifié en 1873. Starčević, né d'un père croate et d'une mère serbe, considère les Serbes de Bosnie et des confins militaires comme des Croates orthodoxes, les Bosniaques comme des Croates musulmans et les Slovènes comme des « Croates des montagnes »[Lampe 7], est opposé à une union avec la Serbie à laquelle il préfère la création d'une Grande Croatie par l'union de la Croatie civile avec la Dalmatie, l'Istrie, la Slavonie et la Bosnie-Herzégovine[Lampe 8]. Lors des élections en Dalmatie à partir de 1861, le Parti national utilise le terme « Yougoslave » et évite de mentionner l'ethnonyme « Croate » afin de ménager à la fois les Italiens et les Serbes[Lampe 9]. Aussi, en 1870 à l'initiative des Slovènes, courtisé par Strossmayer, se réunit à Ljubljana une centaine de Croates, Serbes et Slovènes afin de décider d'une politique commune. Les Slovènes poussent le Parti national croate à inclure un nombre significatif de Serbes. La Bosnie-Herzégovine sous contrôle austro-hongroisLes reformes militaires entreprises par l'Empire ottoman en Bosnie-Herzégovine menaçaient directement la puissance de l'élite bosniaque. Les forces bosniennes musulmanes organisent entre 1815 et 1833 des expéditions contre les forces militaires ottomanes et résistent après 1839 à de nouvelles reformes visant à réduire leur pouvoir local[Lampe 10]. De 1848 à 1862 de nouvelles reformes fiscales provoquent plusieurs soulèvements locaux des Serbes de Bosnie contre l'imposition des propriétaires terriens. En 1875, Croates et Serbes de Bosnie, soutenue par le Monténégro et par la Serbie, se soulèvent contre les Ottomans et les Bosniaques, poussant l'Autriche-Hongrie à inclure l'annexion de la Bosnie-Herzégovine dans le Traité de Berlin de 1878. Il fallu 3 mois de combats aux forces austro-hongroises composées de Croates et de Serbes de la frontière militaire pour soumettre les unités paramilitaires Bosniaques à l'autorité austro-hongroise. En 1882, le hongrois Béni Kállay est nommé administrateur de Bosnie-Herzégovine. Il modernise les infrastructures urbaines, les transports et crée plusieurs entreprises publiques[Lampe 11]. Sa volonté de créer une identité bosnienne n'obtient que peu de support[2] et les Serbes principalement se sentent lésé par rapport aux Bosniens musulmans et mais surtout par rapport aux Croates. La question macédonienneAprès le traité de Berlin de 1878 les contentieux dans les Balkans se sont portés principalement sur la Macédoine, région contrôlée par l'Empire ottoman et peuplée d'Albanais, de Bulgares, de Grecs, de Serbes et de Turcs. La Macédoine était revendiquée par la Bulgarie en temps que territoire de l'État médiéval de Bulgarie, terre de naissance du Patriarcat d'Ohrid et du cyrillique bulgare. Les Serbes revendiquaient la Macédoine comme terre appartenant à l'empire de Stefan Dušan et conquise par les Ottomans. Les Grecs, quand a eux, revendiquait la Macédoine, selon la Grande Idée (en grec moderne : Μεγάλη Ιδέα / Megáli Idéa) en temps que terre historique grecque d'Alexandre le Grand[Hupchick 6] et terre d'habitat de nombreux Grecs. En 1893, un groupe de Slaves macédonien créent, à Resen, l'Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne (Vnatrešna Makedonska Revolucionerna Organizacija, VMRO) ayant pour but la création d'un État macédonien indépendant de la Bulgarie, de la Grèce et de la Serbie et revendiquant une identité macédonienne. L'organisation révolutionnaire est unifié par Goce Delčev en 1894 et gagne en influence créant une administration, des forces de police, des tribunaux, des journaux et un service de poste[Hupchick 7]. En 1895, la VMRO se divise en deux faction poursuivant des buts différents : l'Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne, conservant le but originel d'une Macédoine indépendante, et l'Organisation révolutionnaire extérieur macédonienne, supporté par la Bulgarie et partisan de l'unification de la Macédoine avec la Bulgarie. En Serbie, la Société de Saint-Sava est créé en 1866 avec pour objectif de développer le nationalisme serbe, notamment en Macédoine[Hupchick 8],[3]. En Grèce, L'Ethniki Etairia, (Société nationale) fondé en 1894 aide et finance les « Makedonomakhoi » qui prennent les armes pour réclamer le rattachement de la Macédoine au royaume grecque. Le 2 août 1903, jour de la Saint-Élie (Ilinden), l'Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne déclenche le soulèvement d'Ilinden et parvient a gagner le contrôle de la région de Bitola et déclarent une république autour de la ville de Kruševo. Les Ottomans mirent 3 mois a reprendre le contrôle, réprimant sévèrement la rébellion. Les guerres balkaniquesLa ligue balkanique se forme en 1912 entre la Bulgarie, la Grèce, la Serbie et le Monténégro avec pour but d'affronter l'Empire ottoman. Le Monténégro déclare la guerre à l'empire ottoman le 7 octobre 1912 suivit par les autres membres de l'alliance. 350 000 hommes sont mobilisés, l'Empire ottoman est vaincu et le Traité de Londres est signé le 30 mai 1913. Il établit la naissance de l'Albanie et un partage des territoire de Macedoine. La Bulgarie, qui conteste ce partage, s'oppose à une coalition de la Serbie, la Grèce, le Monténégro, la Roumanie et la Turquie . Le Traité de Bucarest est signé le 10 août 1913 finalisant le partage des territoires. États-Unis de Grande AutricheUn groupe d'intellectuels réunis autour d'Aurel Popovic proposèrent en 1906 la création des États-Unis de Grande Autriche; passé inaperçu à l'époque, ce projet inspira finalement les négociations de paix et le démantèlement de l'Autriche-Hongrie en 1918. Au début de la Première Guerre mondiale, certains politiciens importants, notamment Ante Trumbić, Ivan Meštrović, Nikola Stojanović, fuirent à Londres et commencèrent à travailler à la création d'un « Comité yougoslave » avec pour mission de représenter les slaves du sud de l’empire des Habsbourg. Le Comité yougoslaveLe Comité yougoslave (Jugoslavenski odbor) est officiellement formé le 30 avril 1915 à Londres. Il commence à récolter des fonds, principalement auprès des slaves du sud vivant aux États-Unis et est peu a peu pris en considération par les gouvernements alliés au fur et à mesure que le sort de l’empire austro-hongrois devient plus incertain. Le but principal du Comité yougoslave était l’unification des Slaves du sud présents dans l’empire des Habsbourg avec le Royaume de Serbie, mais il heurtait ainsi les revendications italiennes sur l’Istrie et la Dalmatie. En 1915, les alliés signent avec l’Italie le Pacte de Londres, qui, en échange de l’entrée en guerre de l’Italie, lui promet une grande part de la Dalmatie et de l’Istrie. En 1915 l’assemblée serbe déclare travailler pour la libération de tous les Serbes, Croates et Slovènes, mais les membres non-Serbes du comité s’inquiètent lorsque les alliés offrent inconditionnellement à la Serbie une partie des terres qui n’avaient pas été promises a l’Italie, incluant la Bosnie, l’Herzégovine, Bačka et une partie de la Dalmatie (en gris sur la carte). Les membres croates du Comité, qui souhaitaient une fédération avec de fortes autonomies locales, craignent un partage pur et simple de certains territoires croates entre l’Italie et la Serbie. Une autre querelle divisait le Comité à propos de la désignation et du commandement d’unités de slaves du sud de l'ancienne armée austro-hongroise, prisonniers en Russie et mobilisés pour combattre avec les alliés. Le Comité souhaite les voir se battre sous le nom de "Yougoslaves", alors que Nikola Pašić, premier ministre de Serbie, veut qu’ils se battent sous le drapeau serbe. Ainsi, au sein d'un Comité yougoslave à dominante humaniste, unificatrice et fédératrice, des tendances centrifuges ou hégémonistes se font jour: elles n'empêcheront pas la constitution de la Yougoslavie, mais menacent déjà sa stabilité. Le pacte de CorfouEntre juin et juillet 1917, le comité yougoslave rencontre le gouvernement serbe à Corfou et le 20 juillet, une déclaration qui établit la fondation d’un état est signée. Le préambule déclare que les Serbes, Croates et Slovènes sont identiques par le sang et la langue. Le nouvel État sera nommé Royaume des Serbes, Croates et Slovènes et sera une monarchie constitutionnelle sous la dynastie des Karađorđević. L’unification des Slovènes, Croates et SerbesQuand l’empire des Habsbourg s'effondre, un Conseil national des Slovènes, Croates et Serbes a lieu à Zagreb le 6 octobre 1918. Le 29 octobre le Sabor croate déclare son indépendance et la création de l’État des Slovènes, Croates et Serbes. Le Comité yougoslave reçoit pour tache de représenter le nouvel état à l’étranger. Immédiatement, des désaccords se manifestent à propos des termes de l’union proposée avec la Serbie. Au projet fédéraliste d'inspiration germanique, défendu surtout par les Slovènes et les Croates, s'oppose le projet jacobin et centralisateur d'inspiration française, défendu surtout par les Serbes. Svetozar Pribićević, un Serbe de Croatie, président de la coalition croato-serbe et vice-président de l’état, souhaite une union immédiate et sans conditions. D’autres, en faveur d’une fédération yougoslave, étaient plus hésitants, craignant que la Serbie annexe simplement les territoires sud-slaves de l’ex-Autriche-Hongrie. L’autorité du Conseil national était limitée et les Italiens avançaient pour annexer davantage de territoires que ceux qui leur avaient été concédés par l'accord avec le Comité yougoslave. Les opinions politiques étaient divisées et les ministres serbes avaient dit que si les Croates insistaient sur leur propre république ou une sorte d’indépendance, alors la Serbie ne prendrait que les territoires habités par des Serbes et déjà occupés par l’armée serbe, laissant la Croatie se débrouiller seule face aux Italiens. Après de longs débats, le Conseil national accepte l’union avec la Serbie, sous réserve que l’organisation finale de l’état soit décidée par la future assemblée constituante (déclaration finale). Le plus farouche opposant à cette décision était le croate Stjepan Radić, président du Parti paysan croate (HSS). Le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes est déclaré le 1er décembre 1918 à Belgrade, au balcon du Palais Royal temporaire par le régent Aleksandar (futur roi Alexandre Ier de Yougoslavie) - le roi Pierre Ier est toujours vivant - selon une déclaration rédigée par son conseiller spécial, Miodrag Lazarević. La première YougoslavieLa première Yougoslavie est créée le 1er décembre 1918 sous le nom de Royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Le pays est constitué par le regroupement de plusieurs territoires :
Avec toute cette diversité, le pays connaît pourtant un régime de monarchie constitutionnelle, même si des tensions subsistent. En 1921, juste après la mort du roi Pierre Ier, le roi Alexandre Ier juge utile de dissoudre le Parti communiste. Mais les tensions s'exacerbent (non sans influences extérieures parfois) et en 1928, un député du Parti paysan croate, Stjepan Radić, est assassiné en plein Parlement par un collègue monténégrin acquis aux nationalisme serbe. Le roi décide alors en 1929 de suspendre la constitution et de rebaptiser le pays « Royaume de Yougoslavie ». Il gouverne alors en monarque absolu. La dictature du roi AlexandreAlexandre Ier s'inspire clairement du jacobinisme français. Il cherche a apaiser les tensions nationalistes et a décourager les tendances séparatistes. Cherchant a créer une nouvelle Yougoslavie unitaire, il abolit les régions historiques et redessine les frontières intérieures en banovinas nommées d’après les rivières. De nombreux politiciens sont emprisonnés ou assignés à résidence sous surveillance policière, notamment les communistes et autonomistes croates et bulgares de Macédoine[4]. La dictature ne fait qu’amplifier les tensions nationalistes. Malgré le soutien français, la politique d’Alexandre Ier souffre bientôt de l’opposition des autres puissances européennes alors que le Fascisme et le Nazisme prennent le pouvoir en Allemagne et en Italie, et que Staline devient le dirigeant de l’URSS. Aucun de ces trois régimes n'est favorable à la politique d’Alexandre Ier. L’Italie et l’Allemagne souhaitent revoir les traités signés à la fin de la première guerre mondiale et l’Union soviétique est déterminée à retrouver sa puissance sur le plan international. Le roi Alexandre Ier est assassiné à Marseille en 1934, par Vlado Chernozemski (né Velichko Dimitrov Kerin) membre de l'Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne. Son fils de 11 ans, Pierre II lui succède sous la régence du Prince Paul. Les années 1930 en YougoslavieLa scène politique internationale à la fin des années 1930 est marquée par l’attitude agressive des régimes totalitaires et la certitude que l’ordre mis en place à la fin de la première guerre mondiale perdait de sa stabilité et de sa force. Sous la pression et le support de l’Italie fasciste et de l’Allemagne nazie, le Croate Vlatko Maček et son parti obtiennent la création de la Banovina de Croatie en 1939. L’accord spécifiait que la Croatie, désormais autonome, resterait fédérée à la Yougoslavie, mais aurait une identité politique indépendante dans les relations internationales. Le Prince Paul cède à la pression des puissances fascistes et signe avec elles, le 25 mars 1941 à Vienne (Autriche), le pacte tripartite, espérant ainsi garder la Yougoslavie en dehors de la guerre. Mais cette décision affaiblit la popularité du régent dans une opinion publique largement pro-alliée, et des officiers de l’armée, opposés à ce traité, lancent un coup d’état au retour du prince, le 27 mars. Le général Dušan Simović prend le pouvoir, arrête la délégation de Vienne, exile le prince Paul et met fin à la régence, donnant le pouvoir absolu au roi pro-allié Pierre II. Hitler attaque donc la Yougoslavie le 6 avril 1941, et enchaîne par l’invasion de la Grèce, qui tenait les Italiens en échec depuis 6 mois en Albanie. La Yougoslavie dans la Seconde guerre mondialePendant la Seconde Guerre mondiale, la Yougoslavie reste neutre jusqu'en 1941. Cette année-là, désirant venir en aide à l'armée italienne en difficulté en Grèce, l'Allemagne demande un droit de passage pour ses troupes. Après que le Régent a accepté de signer une alliance avec l'Allemagne et l'Italie, le Roi, sous l'influence de l'état-major de l'armée, pro-Allié comme l'opinion publique, met fin à la régence, décision courageuse puisqu'à cette date l'URSS est alliée de l'Allemagne, la France est tombée, les USA sont neutres et seul le Royaume-Uni continue de résister à Hitler. Cette décision entraîne l'invasion du pays par l'Allemagne. Le Roi doit s'exiler, l'armée capitule et le pays est aussitôt démantelé. Au nord, la Slovénie est partagée entre l'Allemagne, l'Italie et la Hongrie. Ante Pavelić crée l'État indépendant de Croatie (NDH, qui inclut la Bosnie-Herzégovine), un État Oustachi allié à l'Allemagne nazie, tandis que la Serbie est occupée et placée sous administration militaire allemande avec à la tête d'un État croupion avec gouvernement fantoche, le général Milan Nedić. Mais c'est une Serbie diminuée de la Voïvodine (partagée entre la Hongrie et l'Allemagne), de la Macédoine, partagée entre la Bulgarie et l'Albanie italienne. Le Kosovo aussi est annexé à l'Albanie italienne, tandis que l'Italie annexe une grande partie de la côte croate, et qu'un État "indépendant" sous occupation italienne est créé au Monténégro. La résistance légitimiste des Tchétniks (envers les Oustachis d'abord, puis contre l'occupation allemande) s'organise autour de Draža Mihajlović, un royaliste serbe, surnommé le "général des Balkans", tandis que celle des Partisans communistes (Serbes, Croates, Bosniaques et autres) se développe sous la direction du croate Josip Broz dit Tito.La guerre civile en Yougoslavie paraissait inévitable. Au début de la guerre civile, les Alliés misent sur Mihajlovic, fidèle au gouvernement exilé à Londres, mais après Téhéran et Yalta, c'est Tito qui bénéficie de la plupart des parachutages. En 1944-45, le "maréchal" Tito réussit à libérer le pays sans l'intervention directe des pays alliés. La Yougoslavie de TitoLa Yougoslavie devient un État communiste établi dans la clandestinité le 29 novembre 1943 à Jajce, sour le nom de Fédération démocratique de Yougoslavie avec Tito pour président. La période entre 1945 et 1950, le fédération devenue République fédérale populaire de Yougoslavie, se caractérise par la mise en place d'un État communiste et le développement de la répression contre les non-communistes (Églises, mouvements nationalistes tant croates que serbes). Après une brève période d'alignement sur le modèle communiste soviétique, la Yougoslavie, à la différence des autres pays communistes d'Europe centrale et orientale, choisit une voie indépendante de l'URSS. Cela fut possible parce que Tito s'est libéré seul de l'occupation nazie, sans l'aide directe de l'Armée rouge, et parce qu'à Téhéran et Yalta, les parts d'influence occidentale et soviétique avaient été fixées à égalité (contre 90% d'influence soviétique dans les autres pays de l'est européen, et 90% d'influence occidentale en Grèce). Fort de cet équilibre géopolitique, Tito rompt définitivement avec Staline en 1948, et ne fait pas adhérer la Yougoslavie au pacte de Varsovie créé en 1955. Sur le plan économique, il met progressivement en place un système socio-économique, l'autogestion où les entreprises sont gérées par ceux qui y travaillent, et non de manière centralisée par l'État, comme dans le communisme orthodoxe.
Le maréchal Tito.
La République Fédérale socialiste de Yougoslavie (qui fut proclamée en 1963) était un État fédéral composé de six républiques :
La république de Serbie comprenait en outre deux régions autonomes (Kosovo et Voïvodine), depuis la réforme constitutionnelle de 1974. Tito disait que « La Yougoslavie a six Républiques, cinq nations, quatre langues, trois religions, deux alphabets et un seul parti. » Initialement il y avait en effet dans ces six républiques, cinq nationalités reconnues (Narodi): les Slovènes de langue slovène et de religion catholique, les Croates de langue serbo-croate et de religion catholique, les Serbes et les Monténégrins de langue serbo-croate et de religion orthodoxe ou musulmane, et les Macédoniens de langue macédonienne et de religion orthodoxe. À ces Narodi s'ajoutaient les minorités reconnues (narodnosti) comme les Albanais du Kosovo ou de Macédoine, les Hongrois, les Bulgares ou les Slovaques de Voïvodine, etc (puisque les germanophones avaient été expulsés ou avaient fui). En 1971 la langue des Macédoniens est définie comme "macédonienne" et une nouvelle nationalité est officiellement reconnue en Bosnie-Herzégovine, distincte des Serbes et aussi des "musulmans" en général (fidèles de l'Islam): c'est le Narodi « Musulmans » (avec M majuscule), qui dès lors bénéficie en Bosnie d'une représentation particulière, grâce à un système de quotas. Dislocation de la YougoslavieRésurgences nationalistesAprès la mort de Tito en 1980, les tensions se font jour, avec la montée du nationalisme dans les différentes républiques fédérées, longtemps contenu et canalisé par le pouvoir central. Après l'arrivée au pouvoir, dans la République de Serbie, de Slobodan Milošević, la menace se fait plus précise. En avril 1987, alors numéro deux du régime yougoslave, il est envoyé en mission au Kosovo, pour calmer les nationalistes serbes qui considèrent être victimes de discriminations et de violences de la part de la majorité albanaise. Lors de sa visite, les policiers locaux, albanais, répriment une foule de nationalistes serbes qui leur ont lancé des pierres. Milošević, considérant probablement que la foule était innocente, sera filmé en train de déclarer aux Serbes : "On ne vous frappera plus jamais !". Il devint alors un héros des nationalistes serbes. En mai 1989, il est élu président de la Serbie. En juin 1989, pour le 600e anniversaire de la bataille de Kosovo Polje (marquant la défaite du royaume de Serbie contre l'Empire ottoman), Slobodan Milošević prononce un discours perçu comme nationaliste et belliqueux. Pour ses défenseurs, il montre son souhait de continuer l'héritage titiste de cohabitation des peuples balkaniques en Serbie et en Yougoslavie. Le discours se veut rassurant : "Des rapports d'égalité et de concorde entre les peuples yougoslaves représentent une condition indispensable pour la survie de la Yougoslavie, pour une issue victorieuse de la crise, et surtout pour la prospérité économique et sociale du pays.". L'économie yougoslave est mal en point depuis le début des années 1980, une situation accentuée par la sortie du modèle communiste. D'une part, le FMI prescrit des réformes draconiennes et d'autre part, les républiques aisées du Nord (Croatie et Slovénie) se sentent dépossédées de leurs richesses, partagées avec les régions pauvres du sud de la Yougoslavie. Malgré les quelques succès économiques du premier ministre Ante Marković permettant à la Yougoslavie de se rapprocher de l'économie de marché, le pouvoir central est préoccupé par cette crise et la remise en cause de l'unité du pays. Une des solutions envisagées par le gouvernement de Slobodan Milošević est la concentration des pouvoirs en Serbie, en supprimant l'autonomie des provinces comme la Voïvodine et le Kosovo. Le Kosovo est peuplé a 90% d'Albanais qui souhaitaient le statut de République et non plus de province pour leur région. L'autonomie implique notamment un droit de veto, ce qui, pour le pouvoir à Belgrade, nuirait à l'efficacité d'imposer des réformes économiques. Ce refus de créer une république au Kosovo fait aussi écho à une peur des Serbes, de voir les Albanais du Kosovo se débarrasser des Serbes du Kosovo, de plus en plus minoritaires. C'est ce qu'a voulu montrer le "Memorandum de l'académie des sciences de Belgrade" en 1985 (destiné à faire le point sur la situation de la république) en dénonçant un risque de "purification ethnique" de la part des Albanais. Cette crainte a été interprétée comme l'idéologie nationaliste de Slobodan Milošević. En effet, ce dernier développe l'idée qu'il faut protéger les Serbes, dans une Yougoslavie et une Serbie de plus en plus rongées par le nationalisme. La Ligue des Communistes de Yougoslavie, ancien parti unique de Serbie et de Yougoslavie, considérait comme tabou le nationalisme, jusqu'à ce que les problèmes du Kosovo et les nationalismes albanais et serbes apparaissent. Milošević est considéré par beaucoup, dans son parti, comme un nationaliste. Cette étiquette a été notamment propagée par Dragiša Pavlović, membre influent de son parti et adversaire de Slobodan Milošević dans la conquête du pouvoir pour la présidence en 1987. Cependant, cette expression prend un sens particulier au sein de la Ligue des communistes serbes. Elle désigne ceux, comme Milošević qui ont mis à l'ordre du jour la question serbe en Serbie, face aux revendications des autres nationalités, même s'il a pu s'agir de réussir une cohabitation (voir le discours de Kosovo Polje). En 1990, les premières élections libres et pluralistes se déroulent en Bosnie-Herzégovine, en Macédoine, en Serbie, en Slovénie et en Croatie (voir Élection parlementaire croate de 1990 pour la Croatie) suivant en cela le mouvement de démocratisation engagé en Europe de l’Est un an auparavant. Bosnie-Herzégovine, Macédoine, Slovénie et Croatie élisent des présidents favorables au pluralisme et indépendantistes. En Serbie, où le Parti radical serbe de Vojislav Šešelj est minoritaire, et au Monténégro le parti communiste conserve le pouvoir. En Bosnie-Herzégovine, ce sont des partis nationalistes des trois nationalités (croate, musulmane et serbe) qui remportent les élections. En Slovénie, Milan Kučan sort vainqueur. Il est favorable a l'indépendance de la Slovénie. Le nouveau président de la Croatie, Franjo Tuđman, est également pour une dissociation de la Yougoslavie. Il cherche un financement auprès des Croates expatriés, plus extrémiste que les Croates de Croatie. Cette influence se retrouve au HDZ, qui appelle à l'établissement de la Croatie dans ses frontières naturelles et historiques. Cela étendrait la Croatie jusqu'à la rivière Drina et inclurait une partie de la Bosnie-Herzégovine peuplée majoritairement de Croates, ainsi qu'une partie de la Serbie d'aujourd'hui. Beaucoup de ses décisions politiques sont vues par les Serbes comme une réhabilitation implicite de l'idéologie des Oustachis, notamment le choix du drapeau à damier rouge et blanc, symbole croate datant du roi Tomislav mais qui fut aussi utilisé aussi par les Oustachis (En réponse a ces accusation, l'ordre du damier est inversé). Le parti de Tudjman, le HDZ, purge la république de Croatie d'un grand nombre de fonctionnaires pro-communiste, un grand nombre de ces fonctionnaires étant serbes, cette mesure aussi est prise comme une attaque envers les Serbes de Croatie. La Slovénie de Milan Kučan et la Croatie de Franjo Tuđman cherchent à obtenir leur indépendance. Ainsi, ils tentent de créer de manière clandestine une armée, financée |