5 février : Programme d’Arusha (Arusha Declaration) lancé par Julius Nyerere en Tanzanie pour le développement agricole. Il préconise une réforme de l’agriculture par la « villagisation » ; dans cette version du « socialisme à l’africaine », l’industrialisation devait être réalisée dans un second temps, grâce au profit du secteur primaire et sans recours à l’endettement extérieur. Le nombre de villages passe de 1 200 (500 000 habitants) en 1970 à 8 216 (13 905 000 habitants) en 1979.
5 mai[2] : La persistance de sérieuses difficultés économiques au Mali, des accords passés en février avec la France, qui envisage la rentrée à terme du Mali dans l’Union monétaire ouest-africaine, entraînent une dévaluation de 50 % du franc malien, à un moment où la balance des paiements accuse un déficit de 7,5 milliards de francs maliens. La France s’engage à soutenir la monnaie malienne et le FMI consent un important crédit.
30 mai : Tentative séparatiste du Biafra, partie orientale du Nigeria. Les Ibo, dirigés par le général Ojukwu, proclament la sécession de la république du Biafra. Début d'une guerre de trente mois.
24 juin : promulgation de la Constitution de la IIe République du Congo-Kinshasa, dite « Constitution révolutionnaire », définissant un État unitaire au régime présidentiel et un parlement monocaméral.
6 juillet : Guerre du Biafra. Le gouvernement fédéral réagit à la sécession du Biafra en déclarant la guerre et organise un blocus. La situation se complique par l’intervention de pays étrangers dont les ventes d’armes alimentent le conflit. Le Biafra est soutenu par la France, la Chine, Houphouët-Boigny et Nyerere. Des luttes sanglantes et la famine font plus d’un million de mort de 1967 à 1970.
22 août, Mali[2] : Le Président Modibo Keïta annonce la dissolution du bureau politique du parti unique et la saisie par le Comité de Défense de la Révolution de la totalité des pouvoirs (CNDR). La constitution est suspendue. La situation économique l'oblige à dévaluer le franc malien qui entraîne un mécontentement général.
26 août : Début de la guérilla en Namibie contre le pouvoir sud-africain, suite à un accrochage entre la SWAPO et la police sud-africaine (fin en 1987). Elle fera plus de 20 000 morts dont 11 000 pour la SWAPO.
Septembre, Mali : le Comité de Défense de la Révolution invite tous les cadres du pays à faire leur autocritique en leur adressant un questionnaire leur demandant ce qu’ils ont « fait de positif pour, de négatif contre, la révolution active ».
31 juillet-10 août : Conférence de l’Organisation latino-américaine de solidarité (OLAS) à La Havane[6]. Elle tache de fédérer les efforts d’implantation de focos révolutionnaires.
9 octobre : Mort de Che Guevara au hameau de La Higuera en Bolivie. Capturé la veille, il est abattu de deux rafales par un sergent de l'armée bolivienne. Ernesto "Che" Guevara avait installé quelques années auparavant un foyer (foco) de guérilla révolutionnaire dans la précordillère andine. Le lendemain, les soldats populariseront l'évènement en se faisant photographier par le reporter de l'agence UPI autour du cadavre à demi-dénudé étendu sur un brancard. Cette photo, où le Che porte cheveux longs et barbe, fera beaucoup pour sa légende; la ressemblance avec le « Christ au tombeau » peint par Andrea Mantegna en 1490 est frappante de similitude.
17 novembre : Régis Debray après avoir rencontré Che Guevara et avoir passé quelques jours dans le maquis, est capturé à son retour par l'armée bolivienne et condamné à 30 ans de prison en Bolivie (libéré en 1970).
La revue du ministère soviétique des Affaires étrangères, « Affaires internationales », écrit : « Stratégiquement, les Caraïbes forment une sorte d'Interland qui conditionne la stabilité des États-Unis et leur liberté d'action dans d'autres parties du monde. »
17 mai : Affaire des « Neuf de Catonsville » (Catonsville Nine). Neuf personnes, dont les prêtres catholiques Daniel Berrigan et son frère Philip, s’emparent de registres dans un bureau d’incorporation du Maryland pour y mettre le feu.
Mai : Emeutes raciales à Nashville (Tennessee) et Houston. Le mouvement s’étend à plus de cent villes et atteint son paroxysme en juillet. Près de 300 personnes y laissent la vie.
Octobre : Opération nationale de « retour à l’envoyeur » des convocations d’incorporation. Manifestation contre la guerre devant le Pentagone.
15 décembre : Age Discrimination in Employment Act interdisant la discrimination au travail des plus de 40 ans.
Johnson institue le busing, procédé consistant à conduire tous les matins des enfants noirs dans des écoles blanches de quartier éloignés et vice-versa.
3 millions de chômeurs.
298 filiales de banques américaines à l’étranger (124 en 1960).
400 000 hommes au Vietnam. 15 000 soldats américains morts en Indochine. La guerre coûte 20 milliards de dollars par an.
Océanie et Pacifique
27 mai : Référendum pour les droits civiques aux Aborigènes d'Australie. 90,7 % des votants approuvent la prise en compte des Aborigènes dans le recensement national et autorisent le gouvernement fédéral à légiférer sur les questions aborigènes à la place des différents États.
Recul du Parti du Congrès aux élections en Inde[8]. Il perd 78 députés, avec 40,8 % des voix (44,7 % en 1962). Les partis de droite progressent : le Jan Sangh (9,4 %) et le Swatantra, parti libéral (8,7 %) au détriment de la gauche. Sur le plan régional, le Congrès perd la majorité dans huit États sur quinze.
Un véritable courant révolutionnaire apparaît dans plusieurs régions de l’Inde (1967-1969). Au Bengale, une coalition la gauche marxiste à pris le pouvoir, mais doit faire face à un mouvement révolutionnaire, le mouvement « naxalite ». Parti d’une région tribale (Naxalbari) au pied de l’Himalaya, entre Népal, Bhoutan et Pakistan oriental, il réunit tribaux et hors-castes sous la conduite de militants maoïstes, qui occupent les terres dès 1967. Le mouvement s’étend rapidement au Bihâr, au Kerala et surtout en Andhra Pradesh.
21 mars : Soeharto est élu président de la République d'Indonésie par le MPRS (Majelis Permusyawaratan Rakyat Sementara, « assemblée délibérative du peuple temporaire »).
Malgré le soutien de la France, les difficultés croissent au Cambodge : révoltes paysannes de Samlaut, opposition des réactionnaires, maquis Vietnamiens attirant les bombardements américains.
19 mai : L’aviation américaine bombarde pour la première fois Hanoi.
Inde : Des scientifiques américains ont démontré que certaines semences mexicaines pourraient augmenter considérablement la production. Les premières semences sont importées en quantité à partir de 1967. La récolte de céréales passe de 10 à 12 millions de tonnes en 1964 à 20 millions en 1969. L’Inde acquiert son indépendance alimentaire.
Avril : La Syrie réplique aux opérations de représailles israéliennes contre les commandos palestiniens en bombardant les implantations israéliennes de la frontière. Le 7 avril, Israël lance un raid dans la région du lac de Tibériade, détruisant une partie de l’aviation syrienne. Les Israéliens menacent Damas et concentrent des forces à la frontière syrienne (mai).
15 mai : Nasser ordonne alors à l’armée égyptienne de prendre position dans le Sinaï.
16 mai : L’Égypte demande le retrait des forces onusiennes de Gaza et de la région du golfe d’Akaba. Des unités palestiniennes placées sous le commandement arabe occupent la bande de Gaza dès le retrait de la force internationale de l’ONU.
22 mai : Le président Nasser fait fermer le golfe d’Akaba, seule voie d’accès à la mer Rouge par Israël, ce qui constitue pour cette dernière un casus belli.
1er juin : Un gouvernement d’union nationale est formé en Israël. Moshe Dayan prend le portefeuille de la défense et la droite israélienne entre dans le gouvernement (Menahem Begin). La solution militaire est adoptée. La guerre des Six Jours commence (5 juin).
Le chef du gouvernement du Liban, le sunnite Rachid Karamé, demande l’intervention de l’armée libanaise en Palestine. Les chefs maronites de l’armée refusent, créant une scission entre chrétiens et musulmans libanais sur la question palestinienne.
L’aviation israélienne attaque les aéroports égyptiens. L’aviation est détruite. L’armée israélienne occupe la bande de Gaza.
Les États arabes producteurs décrètent l’embargo des livraisons de pétrole vers les pays soutenant l’action israélienne (fin le 1er septembre).
6 juin : L’armée israélienne envahit le Sinaï. Les forces égyptiennes ne sont pas préparés aux mouvements de grande envergure et le front égyptien est percé. Les forces égyptiennes se replient sur le canal de Suez.
8 juin : L’armée israélienne atteint le canal de Suez. Le soutien aérien à été fondamental dans la victoire israélienne. Les opérations ont causé la mort de 10 000 égyptiens et la destruction de la plus grande partie du matériel militaire.
Nasser annonce publiquement sa démission. De gigantesques manifestations réclament son retour. Il accepte de revenir. Le général Abdel Hakim Amer, chef de l’État-major, est démis de ses fonctions ainsi que les principaux généraux. Amer tente d’organiser un complot contre Nasser mais est arrêté en août.
Israël attaque le plateau du Golan. La résistance syrienne d’abord très dure s’effondre le lendemain et se replie sur Damas.
La Jordanie a perdu 6 000 hommes et 30 000 blessés sur une armée de 50 000 hommes contre 300 morts et 1 400 blessés du côté israélien.
120 000 Syriens fuient ou sont expulsés du Golan dans les six mois. Seul les 7000 Druzes du plateau sont autorisés à y demeurer. La conquête du Golan sert les ambitions israéliennes dans la maîtrise des eaux.
16 juin : Sommet de Glasboro entre Johnson et Kossyguine. Les États-Unis définissent leur position : la responsabilité de la guerre est due à la fermeture du golfe d’Akaba par Nasser, les États-Unis n’exerceront aucune pression sur Israël hors du cadre d’un règlement général de la question, reposant sur cinq principes (droit de reconnaissance de l’existence de toutes les nations, justice pour les réfugiés, libres circulations des voies maritimes internationales, limitation de la course aux armements, indépendance et intégrité nationale de toutes les parties).
27 juin : La partie est de Jérusalem est annexée à l’État hébreu.
Juin : Nasser demande un accroissement de l’aide soviétique et accepte la présence de militaires et de conseillers, afin de neutraliser le territoire égyptien contre toute attaque israélienne et reconstituer son potentiel militaire. Le Ve Eskadra, la flotte de guerre soviétique en Méditerranée, double ses effectifs fin juin. Nasser charge l’Union soviétique de représenter l’Égypte dans les négociations de paix.
1er août : Ouverture à Khartoum de la réunion des ministres des Affaires étrangères arabes. L’Égypte propose le retrait des forces égyptiennes du Yémen en échange de la formation d’un front arabe uni contre Israël. Nasser espère obtenir une aide financière des pays pétroliers pour reconstituer son armée.
15 août : les ministres du pétrole arabe décident de soumettre la question de la levée de l’embargo au sommet de Khartoum.
29 août : Ouverture du IVe sommet Arabe de Khartoum, qui réuni huit chefs d’États arabes, en l’absence de la Syrie. Nasser et Fayçal parviennent à s’entendre. L’Égypte confirme son évacuation du Yémen du Nord, l’embargo pétrolier est levé, 20% des revenus pétroliers seront versés au pays arabes de la ligne de front avec Israël. Khartoum scelle la réconciliation entre régimes progressiste et conservateurs. C’est la fin de l’antagonisme égypto-saoudien.
1er septembre : Fin de la conférence de Khartoum. Résolution de Khartoum : Les pays Arabes s’engagent à ne pas reconnaître Israël et à ne pas négocier ni conclure de traité de paix. Ils proclament que les États occupés par Israël sont arabes et la tâche de les récupérer incombe à tout État arabe.
22 novembre : Résolution 242 (1967) de l'ONU prévoyant le retrait d'Israël des territoires occupés en échange de la reconnaissance de tous les États de la région, cessation de l’état de belligérance entre Israël et les Arabes, respect de la reconnaissance de l’intégrité territoriale de tous les États de la région, liberté de navigation sur les voies d’eau internationales, règlement de la question des réfugiés, création de zones démilitarisées. L’Égypte, le Liban et la Jordanie acceptent la résolution. La Syrie et les Palestiniens refusent. Israël interprète le texte dans sa version anglaise : retrait de « territoires occupés » et non « des territoires occupés ».
5 novembre, Yémen du Nord : Les modérés yéménites renversent le régime, mais doivent faire face aux royalistes qui assiègent Sanaa à partir de décembre. Ils échouent finalement et se retirent.
30 novembre : le Yémen du Sud, ex-protectorat britannique, accède à l'indépendance. Les Britanniques cèdent le pouvoir à un Front National de Libération (cf. 1970). La fragilité de la région s’accroît. Le régime sud-yéménite est menacé par une guérilla organisée par les forces pronassériennes et les forces de tendance marxiste.
Les territoires occupés (Cisjordanie et Gaza) sont peuplés d’un peu plus d’un million d’Arabes dont la moitié sont des réfugiés de 1948. 200 000 personnes fuient vers la Jordanie. Le nombre total de réfugiés Palestiniens et de 1,3 million contre 960 000 en 1950, dont 600 000 en Jordanie.
Europe
18 mars : Le Torrey Canyon, un pétrolier géant, s'échoue sur des récifs proches des Cornouailles britanniques et laisse échapper une partie de ses 119 000 tonnes de pétrole brut.
En application du traité de fusion, les trois communautés Ceca, CEE et Euratom, sont réunies pour former la Communauté européenne (CE). Elles conservent leur propre statut légal et leur juridiction, mais partagent les mêmes organes.
Loi sur la liberté religieuse en Espagne autorisant le culte aux espagnols non catholiques[13].
28 juillet : Sexual Offences Act au Royaume-Uni . Loi légalisant les rapports homosexuels entre adultes consentants.
18 novembre[14], Royaume-Uni : Dévaluation de la livre sterling de 14,3 % suite à l’accumulation des déficits des paiements internationaux. Mesures déflationnistes destinées à assainir les comptes, qui permettent d’afficher en 1969 un excèdent de 387 millions de £. Suite à la dévaluation de la livre sterling, toutes les bases militaires britanniques situées à l’est de Suez sont évacuées en quatre ans (fin en octobre 1971) et les dépenses militaires ramenées à 6% du PNB.
27 novembre : Nouveau veto de la France de de Gaulle sur la candidature à la CEE présentée par le Royaume-Uni (10 novembre 1966) : « L'Angleterre, je la veux toute nue ».
Italie : Grèves des chantiers navals à Trieste et à Gênes. Les grandes centrales syndicales sont dépassées par le mouvement.
La Roumanie est la première démocratie populaire à établir des relations diplomatiques avec l’Allemagne fédérale. C’est le seul pays communiste à maintenir ses relations avec Israël après la guerre des Six Jours.
28 mars : EncycliquePopulorum progressio. Paul VI déclare que « la question sociale est devenue mondiale » et que « le développement ne se réduit pas à la simple croissance économique », il doit être intégral ; c’est « le nouveau nom de la paix ». Pour diffuser ce message, il entreprend de nombreux voyages.