4–7 janvier : « Journée des martyrs ». Émeutes sanglantes à Léopoldville au Congo belge. Elles entraînent la formation d’une commission d’enquête et l’affirmation du roi Baudouin Ier de Belgique qu’il conduirait le pays à l’indépendance (13 janvier). Déclaration de l’état d’urgence. L’ABAKO entre dans la clandestinité.
L’Assemblée soudanaise ratifie la Constitution fédérale à l’unanimité. La Haute-Volta rejette la Fédération à la suite d’un référendum (mars). Au Dahomey, de violents incidents éclatent à Porto-Novo près de l’assemblée nationale que les opposants à la Fédération du Mali tentent d’investir, faisant une quinzaine de blessés (février). Le Premier Ministre Sourou Migan Apithy, s’oppose à la Fédération dans les termes proposés et constitue le parti républicain du Dahomey (PRD), qui se déclare prêt à envisager une nouvelle formule d’association avec le Mali. Les fédéralistes dahoméens sont vaincus aux législatives en avril. Le président de l’Assemblée nationale de Mauritanie, Sidi el Moktar Ndiaye, esquisse un rapprochement avec la Fédération du Mali en janvier, mais le projet avorte.
Congrès du Parti de la Fédération africaine (PFA), qui proclame que le Sénégal et le Soudan français sont prêts à ne former qu’un seul État au sein de la Communauté. Une assemblée fédérale de 15 membres par États est élue le 3 avril.
29 mai : Conseil de l’Entente[1], qui associe cinq anciennes colonies françaises de l’Afrique de l’Ouest (Côte d'Ivoire, Niger, Haute-Volta, Dahomey, Togo à partir de 1966). Son but est « d’organiser et développer la solidarité et la coopération économique entre les États membres ».
7 juillet : Création par la France du Font d’aide et de coopération (FAC), en remplacement du FIDES. La France signera 138 conventions ou accords de coopération avec les nouveaux États de l’Afrique noire et 164 conventions ou accords de coopération avec les États du Maghreb, dont 72 pour l’Algérie, 49 pour le Maroc et 44 pour la Tunisie entre le 7 juillet 1959 et le 17juillet1963.
Août : IIe Conférence des États africains indépendants à Monrovia[3].
Septembre : Session spéciale de l’ONU consacrée au Cameroun. Les États africains unanimes réclament à la France l’établissement des libertés démocratiques avant l’indépendance.
16 septembre : Discours de De Gaulle sur l’autodétermination en Algérie. Lancement par la France d’un plan militaire de grande envergure, le plan Challe.
13 octobre[4] : Dissolution du parti Sawaba au Niger, favorable au « non » au référendum de 1958. Le Niger passe au régime de parti unique.
Argentine : Le président Arturo Frondizi souhaite accélérer l’industrialisation du pays, mais doit affronter une situation économique difficile et applique le traitement de choc recommandé par le FMI. Les résultats sont encourageants, la croissance revient (8% en 1959, 7% en 1960) et l’inflation est ramenée de 113% en 1959 à 27% en 1960 et 13,5% en 1961. De nombreuses industries nouvelles apparaissent (automobile, sidérurgie, etc.). Mais le coût social est important et le pouvoir d’achat des travailleurs diminue de plus de 25% en 1959, ce qui occasionne de nombreuses grèves et fait passer dans l’opposition les tenants du justicialisme péroniste. L’ouverture aux capitaux étrangers (exploitation du pétrole) indispose fortement les milieux nationalistes.
15 février : Castro prend le poste de Premier ministre.
Avril : Tandis que des exécutions sommaires détériorent l’image du nouveau régime, Castro se rend aux États-Unis pour rassurer l’administration Eisenhower sur ses intentions. Il se proclame anticommuniste et souligne la nécessité de réformes, notamment agraires, mais n’a pas de succès et une incompréhension mutuelle s’installe.
17 mai : Castro proclame la réforme agraire. Elle interdit la grande propriété et aux étrangers de posséder des terres à Cuba, ce qui nuit aux intérêts nord-américains, notamment aux grandes compagnies qui exploitent la canne à sucre. Plus de 400 000 ha de terre sont confisquées à trois entreprises américaines, dont la United Fruit Company. Les critiques se font pressantes aux États-Unis, relayées à Cuba par le président Urriata. La réponse de Castro aux accusations de dérive communiste engage le pays dans une voie autoritaire.
16 juillet[6] : Castro dénonce les ennemis de la révolution et, assuré de sa popularité, démissionne. D’impressionnantes manifestations réclament immédiatement son retour, et alors qu’Urriata se retire le 18, Castro reprend triomphalement son retour.
Octobre : Castro fait arrêter le commandant de l’armée de l’air, le major Huberto Matos, qui s’était plaint de l’influence croissante des communistes. Il est condamné à vingt ans de prison.
29 octobre : Le gouvernement castriste rétablit les tribunaux militaires et suspend certains droits civils.
Les derniers mois de 1959 sont rythmés par tentatives de rébellion et des menaces d’intervention nord-américaines plus ou moins fondées pour rétablir Batista.
États-Unis
20 août : Manifestation contre l'intégration à Little Rock
24 mai : Mort de John Dulles. L’administration Eisenhower se lance dans une offensive de relations publiques faisant du Président un authentique « croisé » de la paix.
9 juin : Lancement du G. Washington, premier sous-marin nucléaire SNLE américain.
21 août : Hawaii devient le 50e état des États-Unis.
15-28 septembre : Voyage de Nikita Khrouchtchev aux États-Unis. C'est le premier dirigeant soviétique en visite officielle. Il passe un accord pour la tenue prochaine d’une conférence au sommet. Quelques semaines plus tard, Eisenhower fait une tournée dans le Tiers-monde.
Tahiti est intégrée au territoire d’outre-mer (TOM) de la Polynésie française. Son statut sera modifié à trois reprises, en 1977, 1984 et 1990, pour répondre aux revendications des autonomistes.
En 1956 a débuté à Litang dans le Kham une révolte des Tibétains contre l'occupant chinois, qui s'est étendue aux autres secteurs du Kham, puis en 1957 et 1958 dans les secteurs de l’Amdo, puis en 1958 et 1959, dans le Ü-Tsang, la Région autonome du Tibet, avant de s'étendre à l'ensemble du territoire.
Tenzin Gyatso sera suivi d'environ 100 000 Tibétains. Le nombre de Tibétains tués dans l'action militaire selon le rapport d’un militaire chinois officiel, est de 87 000, simplement entre mars 1959 mars et septembre 1960, et cela seulement dans le secteur de Lhassa. Bien plus de Tibétains sont tués dans l'Amdo et le Kham qui sont des régions plus peuplées. Les Chinois écrasent la révolte et nomment le Panchen Lama à la tête de l’État. Les tribus Khampas poursuivent leurs opérations de guérilla un certain temps, avant d’être écrasées. Des dizaines de milliers de Tibétains s’enfuient à l’étranger, la plupart sont accueillis comme réfugiés en Inde, au Népal et au Bhoutan.
Plenum du comité central du parti communiste vietnamien à Hanoi qui entérine la décision de « promouvoir la violence armée dans le Sud ».
Ouverture de la piste Hô Chi Minh, couloir de circulation à travers le Laos et le Cambodge pour permettre aux troupes et aux armements du Nord Viêt Nam d’atteindre le Sud.
5 juillet, Indonésie : Soekarno dissout l’Assemblée de 1955 qui ne parvient pas à rédiger une Constitution. Il institue un Conseil consultatif suprême et Conseil nationale de planification.
8 juillet : Les premiers soldats américains meurent au combat au Viêt Nam.
17 août : Par son manifeste politique (le Manipol), Soekarno rétablit la Constitution de 1945 en Indonésie. Dès l’année suivante, une Assemblée consultative populaire temporaire, dont les membres sont nommés par Soekarno, remplace la Chambre des représentants, ce qui marque le début de ce que Soekarno appelle la « Démocratie dirigée » (1959-1965). Dans son désir de soutenir l’idée d’unité dans la diversité, le gouvernement développe une idéologie d’État appelée Pancasila, qui comprend cinq principes fondamentaux : la foi en un Dieu, une humanité juste et civilisée, l’unité de l’Indonésie, la justice sociale pour tous et la démocratie guidée par le consensus. L’objectif de Soekarno est le Nasakom, c’est-à-dire la participation à un même mouvement de trois courants : le nationalisme (nas), les forces religieuses (agama) et les communistes (Komunism).
La désorganisation de l’économie, la corruption amènent Soekarno à proposer une «démocratie dirigée» seule capable à ses yeux de refaire l’unité du pays.
Les revendications territoriales de la Chine et la querelle au sujet des réfugiés tibétains consolident les relations entre le Bhoutan et l’Inde (aides économiques, assistance militaire, représentation diplomatique).
Les Chinois construisent une route dans l’Aksaï Chin pour accélérer la normalisation du Tibet.
Congrès de Nagpur sur la réforme agraire en Inde : Nehru relance le mouvement des coopératives agricoles qui doivent permettre à l’État d’assurer des prix agricoles relativement bas et d’offrir des denrées de première nécessité dans les magasins d’État. Une limitation à l’étendue des propriétés est instituée pour affaiblir les zamindars, ainsi qu’une série de mesures au profit des cultivateurs non-propriétaires. Les réformes agraires, du ressort des Assemblées régionales, sont mises en œuvres très lentement, freinées par les solidarités de classes et de castes. Elles réussissent cependant à instaurer une nouvelle forme de propriété fondée sur la législation occidentale.
Proche-Orient
19 février : Le Royaume-Uni accorde à Chypre son indépendance, effective en 1960 selon l'accord signé à Londres par les Premiers ministres de la Grèce, de la Turquie.
Février : Baisse de 9% des prix du pétrole entraînant une baisse des revenus pétroliers dans les états producteurs.
6 mars : Echec d’un coup d’État des nationalistes arabes à Mossoul, soutenu par la RAU[8]. Les communistes et les Kurdes mènent une terrible répression dans les milieux panarabes.
16 avril[9] : La LEA réunit au Caire le premier congrès arabe du pétrole, qui propose de mettre en place une politique de concertation et de coordination entre les pays producteurs. Cinq pays (Arabie saoudite, Koweït, Irak, Iran et Venezuela) contrôlent alors 90% de la production mondiale.
30 mai : Après s’être retiré du pacte de Bagdad, l’Irak dénonce les accords d’assistance militaires et économiques passés avec les États-Unis.
6 juillet : Mahmoud Chaltout, recteur de la Mosquée al-Azhar du Caire délivre une fatwa historique reconnaissant le Jafarisme (Ja’fari) ou ach-Chia al-Imamiyya al-Ithna ‘Achariyya (c'est-à-dire le douzième imam des chiites) comme une madhhab, une école juridique musulmane qui est religieusement correcte à suivre dans le culte, comme le sont d'autres écoles de pensée sunnites.
10 octobre : Le gouvernement turc accepte l’implantation sur son territoire d’une base de lancement de fusées américaines de l’OTAN.
Novembre[10], Syrie : Hourani et Bitar démissionnent de leurs fonctions gouvernementales à la fin de l’année. L’Égypte s’appuie sur les modérés syriens, qui passeront à leur tour dans l’opposition après les nationalisations. Le Parti Baas, dissout au moment de la création de la RAU, se reconstitue clandestinement. C’est le seul parti syrien à posséder un programme : refus de toute ingérence étrangère, réforme agraire, législation du travail. Une organisation militaire de tendance ba’thiste, le Comité militaire, se constitue autour de jeunes officiers, dont Hafez el-Assad et Salah Jedid.
L’Irak propose la proclamation d’une République Palestinienne sur l’intégralité de la Palestine mandataire (suppression de l’administration égyptienne de Gaza et détachement de la Cisjordanie à la Jordanie. Qasim forme en Irak une armée de libération de la Palestine sur le modèle algérien. La RAU répond par la formation d’une Union nationale palestinienne.
Yasser Arafat fonde à Koweït le Mouvement de libération de la Palestine, dont les initiales inversées en arabe donnent le Fath (ouverture). Il est composé essentiellement de membres de la diaspora palestinienne du Golfe.
En Égypte, le revenu national progresse en moyenne de 6% par an entre 1959 et 1965.
Europe
Europe de l'Ouest
Francisco Franco et Dwight D. Eisenhower à Madrid
1er janvier : Première entrée en vigueur du Marché commun, avec la première baisse effective des droits de douane dans la construction de la CEE.
7 janvier, Portugal[11] : Le général Humberto Delgado est exclu de l’armée et interdit de sortie du territoire. Prenant de court ses accusateurs, Il se réfugie à l’ambassade du Brésil et demande l’asile politique, qu’il obtient.
31 janvier, Italie : Amintore Fanfani, victime d’une coalition hétéroclite composée de petits agriculteurs mécontents, de milieux d’affaires opposés à l’intervention gouvernementale dans le domaine économique et de l’Action catholique, démissionne du secrétariat général de la Démocratie chrétienne.
1er février : Un référendum, en Suisse, rejette la possibilité aux femmes de pouvoir voter lors d'une votation fédérale.
19 avril : Pour la première fois les femmes votent en Suisse lors d'une élection locale dans le Canton de Vaud.
6 juillet : Le land de Sarre, géré depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale par la France, revient dans le giron de la République fédérale d'Allemagne.
21 juillet[12], Espagne : Application du plan de stabilisation et d’assainissement financier : redressement du budget de l’état par la réduction des dépenses et l’augmentation de la fiscalité, dévaluation de la monnaie de 30%, libéralisation du commerce extérieur.
31 juillet : Création de l'organisation séparatiste basque ETA (Euzkadi ta Azkatasuna, Pays Basque et liberté), qui bénéficiera d’un soutien du clergé espagnol.
15 novembre, RFA : au congrès de Bad Godesberg, le SPD rompt avec le marxisme en acceptant les principes de l’économie libérale, en renonçant à la séparation de l’Église et de l’État et en se prononçant en faveur de la politique de défense nationale.
L’Espagne entre dans l’OECE qui lui octroie un prêt de 420 millions de dollars.
Révision constitutionnelle au Portugal. L’élection présidentielle est réservée à un corps restreint de 600 électeurs. Le président du Conseil peut désigner en toute quiétude le président de la République.
Second plan de développement au Portugal. Construction de barrages.
Rétablissement de la convertibilité de la livre sterling.
Plan vert pour aider les exploitants agricoles à développer leur activité par des subventions et des crédits en Italie .
Eté : Augmentation considérable du taux de croissance en Italie jusqu’à la fin de 1963.
24 juillet : Kitchen Debate. Débat lors de l'«American National Exhibition» à Moscou entre Khrouchtchev et Richard Nixon sur les mérites comparés des systèmes capitalistes et socialistes[13]
30 septembre : Devant les dirigeants chinois, Khrouchtchev plaide pour la coexistence pacifique des systèmes capitalistes et communistes et s’oppose à la ligne défendue par Pékin.
Décembre : Réforme du Comecon. Egalité absolue des pays membres, respect de la souveraineté et des intérêts nationaux.
Refus soviétique d’aider la Chine à développer sa puissance nucléaire.
Le développement de l’économie soviétique après la Seconde Guerre mondiale suit les lignes tracées par les plans quinquennaux ou septennaux (1959-1965). La totalité du contenu de ceux-ci est souvent révélée seulement un ou deux ans après leur mise en application.
Roumanie : le travail salarié est interdit dans l’agriculture et les terres que les paysans ne peuvent cultiver sont confisquées.
Yougoslavie : le congrès de la Ligue des communistes appelle à la réorganisation des terres agricoles en unités socialisées plus grandes. La collectivisation n’est jamais forcée et les terres collectivisées ne dépasseront pas 13%. Environ 70% des exploitations privées sont inférieures à 5 ha et mal cultivées. Des disettes intermittentes dues aux sécheresses nécessitent l’achat de céréales aux États-Unis et à l’Union soviétique.