7 juillet[1], Tanganyika : Fondation de la TANU (Tanganyika Africa National Union), issue de la TAA. Elle réussit à capter le soutien de la population au-delà des clivages ethniques ou régionaux et s’impose comme la clef du combat anticolonial. Elle met l’accent sur les progrès de l’éducation et la suppression des taxes qui grèvent les productions agricoles et l’élevage.
Septembre[2] : Congrès intersyndical des fonctionnaires à Conakry : plusieurs syndicats quittent la CGT.
Les Capverdiens obtiennent la citoyenneté portugaise.
1er novembre : Toussaint Rouge, début de l'insurrection en Kabylie et dans les Aurès. Vague d'attentats revendiqués par le Front de libération nationale (FLN), qui attaque les positions françaises : début de la guerre d'Algérie. Les insurgés se retranchent dans les Aurès.
2 novembre : Zeddour Mohamed Brahim Kacem, un des « cerveaux » de la révolution algérienne, est arrêté quelques jours seulement après son retour d'Égypte, où il était étudiant et en même temps l'un des animateurs directs du mouvement nationaliste au Caire. Il est tué à Alger, quelques jours après son arrestation, sous la torture par les agents de la DST[5].
8 novembre : Bataille de Ghar Boudjelida à El Gaada dans la banlieue d'Oran au cours de laquelle Ahmed Zabana est blessé et capturé par les autorités françaises. Ahmed Zabana est transféré vers la prison Barberousse (Serkadji) pour y être guillotiné (19 novembre 1956)[6].
23 février : Démission du ministre du Travail brésilien João Goulart. Il avait proposé de doubler les salaires. Un manifeste des colonels demande sa démission, l’accusant de démagogie. Getúlio Vargas éloigne Goulart mais augmente les salaires.
Mars : Xe conférence interaméricaine de Caracas. « Déclaration de solidarité pour le maintien de l’intégrité politique des États américain contre l’intervention du communisme international », voté à la demande des États-Unis contre l’avis de l’Argentine, du Mexique et du Guatemala.
2 mai : Début d'une grande grève au Honduras[7]. L’agitation sociale provoque une ouverture du régime puis son durcissement.
27 juin : La CIAorganise un coup d’État au Guatemala depuis le Honduras. Accusé de sympathies communistes, le président guatémaltèqueJacobo Arbenz Guzmán démissionne sans pouvoir résister (il s’apprêtait à exproprier 90 000 ha non exploités appartenant à l’United Fruit Company). Une nouvelle période de répression et de militarisme s’ouvre. Le vote à bulletin secret est supprimé et des milliers d’opposants sont emprisonnés. Pendant les trois décennies suivantes, les coups d’État et les gouvernements militaires se succédèrent au Guatemala.
5 août, Brésil : Attentat contre l’éditorialiste de la Tribuna da Imprensa, Carlos Lacerda, fomenté par des proches de Getúlio Vargas Les forces armées demandent la démission de Vargas puis le déposent le 24 août.
24 août : Un coup d'État militaire au Brésil, pousse le président Getúlio Vargas, sommé de démissionner, à mettre fin à ses jours. Le vice-président João Fernandes Campos Café Filho renonce à la politique de Vargas. Il confie les Finances, la Justice et les Affaires étrangères à des membres de l’União Democratica Nacional.
29 avril : Signature du pacte de non-agression mutuelle entre l’Inde et la Chine. L’Inde s’engage à retirer ses unités militaires de Yathung et de Chang-tse, le long de la route commerciale du Tibet. Le traité définit le Tibet comme un territoire chinois. Il affirme en outre les cinq principes de la coexistence pacifique.
22 juillet-2 août[9] : Des indépendantistes Indiens occupent les enclaves portugaises de Dadra et Nagar Haveli (intégrées à l'Inde en 1961). Le gouvernement indien laisse faire et ne donne pas le droit de passage au Portugais qui ne peuvent pas défendre leurs territoires.
10 août : L’Union hollando-indonésienne est dénoncée officiellement par le gouvernement indonésien.
21 octobre : Accord franco-indien de Delhi sur l'évacuation des comptoirs français de Chandernagor, Pondichéry, Kârikâl, Mahé et Yanaon. Le traité permet aux populations indigènes de choisir entre les deux nationalités.
2 décembre : Traité de sécurité mutuelle entre les États-Unis et le gouvernement de Taïwan[11].
Les routes reliant le Tibet à la Chine sont achevées[12].
Le gouvernement soviétique lance le programme « Terres vierges et inoccupées » afin d’accroître rapidement la superficie de terres ensemencées en Sibérie occidentale et au Kazakhstan. La poursuite de l’immigration russe et l’industrialisation dans le cadre de l’économie planifiée de l’Union soviétique ont pour effet de rendre la population kazakhe minoritaire dans sa république.
Indonésie : 96% des grandes plantations appartiennent à des étrangers.
13 mars : Grande offensive du Viêt-minh sur Điện Biên Phủ. Trois points d’appuis tombent dès les premiers jours.
16 mars : L’artillerie Viêt-Minh endommage l’aérodrome de Điện Biên Phủ, compromettant le ravitaillement de la garnison encerclée.
3 avril : Les premiers renforts de troupes français sont parachutés sur Điện Biên Phủ.
11 avril : Les troupes françaises repoussent une attaque du Viêt-minh dans la zone de l’aérodrome, qui est pris le 23 avril. Le Viêt-minh est à 600 m du poste de commandement du général Christian de Castries.
3 mai : La conférence de Genève, ouverte le 26 avril, invite le Viêt-minh et les gouvernements du Vietnam, du Laos et du Cambodge à participer aux négociations sur l’Indochine.
10 mai : Pham Van Dong, vice-président de la République démocratique du Viêt Nam, présente à Genève les propositions du Viêt-minh : reconnaissance par la France de l’indépendance du Vietnam, du Cambodge et du Laos, retrait des troupes étrangères et organisation d’élections libres, cessez-le-feu et échange de prisonniers.
18 juin : Le nouveau gouvernement Mendès France négocie, principalement avec le Chinois Zhou Enlai, un cessez-le-feu en Indochine.
1er juillet : Les troupes franco-vietnamiennes évacuent la zone sud du delta du Tonkin et organisent leur défense autour d’Hanoï et de Hải Phòng.
14 juillet : Début de la libération des prisonniers de Diên Biên Phù.
20 juillet : Accord de paix de Genève mettant fin à la guerre d'Indochine. Non signés par les États-Unis, ils reconnaissent aux communistes la moitié Nord du Vietnam. Les Français doivent se retirer d’Indochine. Indépendance totales du Laos et du Cambodge, évacués par le Viêt-minh. Le Vietnam est partagé en deux États par le 17e parallèle sous réserve que des élections générales aient lieux dans les deux ans en vue d’une réunification.
16 août : Début de l’opération « Passage to Freedom ». Les unités de la flotte américaine évacuent vers le Vietnam du Sud plusieurs milliers de vietnamiens du Nord.
19 septembre : Les États-Unis s’engagent à aider financièrement au maintien du corps expéditionnaire français. Ils fourniront également une aide directe aux États associés.
Laos : Après l'indépendance, le Pathet Lao, mouvement procommuniste dirigé par Souphanouvong, chef national radical, surnommé le « prince rouge », soutenu par les forces du Viêt-minh, contrôle les provinces du Nord, le Phong Saly et le Sam Neua, où s’était réfugiée l’armée royale dirigée par le prince Souvanna Phouma, son cousin, soutenu par la France et les États-Unis. Le Việt Minh évacue le pays, alors que les États-Unis s’opposent à la réunification prévue par les accords de Genève.
En 1954, les États-Unis financent la guerre d’Indochine pour près de 80%.
La guerre d'Indochine a fait officiellement 64 150 « tués, décédés ou disparus » dans le camp français, dont 12 550 Français. La guerre a coûté 3000 milliards de francs (1953), dont plus de 60% à la charge de la France, soit 10% des ressources françaises pendant les dix ans de conflit. Elle a empêché la réalisation du plan d’industrialisation de 1946 et marque l’échec du projet fédéral souhaité par la France en Indochine.
Syrie : Manifestations violentes contre le régime dans les régions druzes et certaines villes comme Homs et Alep, soutenues par l’Irak. Des responsables israéliens proposent une intervention militaire. La répression est très dure, mais l’armée syrienne, inspirée par le colonel Malki, proche du Ba’th, se soulève.
Égypte : Affrontement entre Frères musulmans et militants du Rassemblement populaire fondé par Nasser. Ce dernier décrète la dissolution des Frères musulmans.
Égypte : Mohammed Naguib proteste contre la dissolution des Frères musulmans et demande un droit de veto sur le Conseil de la révolution. Accusé de rechercher un pouvoir dictatorial et mis en minorité, il démissionne. Le colonel Gamal Abdel Nasser devient premier ministre.
27 février, Égypte : Nasser est contraint de rappeler Naguib devant l’opposition de l’armée. Naguib reçoit tous les pouvoirs. Nasser démissionne, la censure est abolie, le multipartisme rétabli, des élections remplaceront le Conseil de la révolution par une Assemblée constituante. Nasser reprend le contrôle de l’armée et organise l’opposition.
Hachem al-Atassi retourne à Damas et reprend ses fonctions de président de la république syrienne.
Sabri al-Assali, un notable traditionnel, appuyé par la coalition du parti national et du parti du peuple, devient Premier ministre de Syrie. Il relance secrètement les négociations avec l’Irak sur les projets d’union, mais l’armé y est hostile. Son pouvoir est fragilisé par la forte opposition du Ba’th, du PPS, des communistes et des Frères musulmans.
28 mars : Les nassériens lancent une grève générale en Égypte.
17 avril, Égypte : Le général Naguib reste chef de l’État mais le pouvoir est transféré au Conseil, dont Nasser est le président.
19 juin, Syrie : Sabri al-Assali est renversé et un nouveau gouvernement est formé autour de Said al-Ghazzi, qui organise des élections le 24 septembre. Les indépendants, proche du pouvoir, obtiennent 64 sièges sur 142, le parti du peuple 30, le Ba’th 22, ce qui est une victoire politique.
Juin : Le régent Abdul Illah organise des élections libres en Irak. La majorité des siège est remportée par des partisans de Nouri Saïd, hostiles au projet du « Croissant fertile ».
2 juillet : Début de l'opération Susannah, orchestrée par les services de renseignement militaires israélien pour brouiller le gouvernement égyptien avec les occidentaux. Attentat à la bombe contre un bureau de poste à Alexandrie, puis le 14 juillet contre les bibliothèques de « l'agence d'information des États-Unis » à Alexandrie et au Caire, ainsi qu'un théâtre possédé par des capitaux britanniques .
Août : Nasser déclare que l’Égypte souhaite recevoir l’aide des États-Unis pour se défendre contre une agression extérieure, et propose un pacte de défense collective des États arabes. Le gouvernement britannique est divisé : Churchill est favorable à une reconquête de l’Égypte par la force, Eden et le Foreign Office proposent l’établissement de relations de confiance avec les pays arabes et approuve le pacte de défense collective.
Septembre : Israël envoie un de ses navires commerciaux vers le canal de Suez. Le navire est confisqué par l’Égypte et son équipage arrêté.
19 octobre : Accord abrogeant le traité de 1936 entre l’Égypte et la Grande-Bretagne. La zone du canal sera évacuée dans un délai de vingt mois. Les Britanniques pourront cependant disposer de bases en cas d’attaques armées menée par un pays ne faisant pas parti du Proche-Orient.
30 octobre : A la suite de l’attentat manqué contre le Premier ministre Abdel Nasser à Alexandrie le 26 octobre, la confrérie des Frères musulmans est dissoute. Son chef Ahmed Hassan el-Hodeibi est arrêté et accusé de complot contre l’État.
La Ligue des États arabes présente un contre-plan au plan Johnston. Le lac de Tibériade ne serait pas utilisé comme réservoir et la part israélienne serait réduite.
Négociations officieuses entre l’Égypte et Israël (Moshé Sharett). Les Égyptiens proposent un accord de paix fondé sur la rétrocession à l’Égypte d’une partie du Néguev et la réinstallation de réfugiés palestiniens dans les pays arabes. Ces ouvertures obtiennent le soutien de la Grande-Bretagne et des États-Unis, qui préparent à la fin de l’année le « plan Alpha », processus de paix reposant sur le principe de non-agression entre l’Égypte et Israël, en échange de concessions israéliennes dans le Néguev. La situation se dégrade par l’opposition à la politique de conciliation en Israël (Moshe Dayan, Shimon Peres). Sharett rencontre de plus en plus de difficultés et doit lutter contre les projets d’intervention militaire de David Ben Gourion et de l’armée.
Décembre[15] : Tito fait des démarches pour former un groupe de pays neutres, ou pays non-alignés. Il voyage en Inde en 1954 et 1955.
L’Union soviétique propose un désarmement total (1954 et 1959), mais ces propositions échouent lorsque l’URSS s’oppose aux dispositions de vérification des accords.
5 mars, Royaume-Uni : Débat sur la bombe H à la Chambre des communes. L’opposition travailliste demande à Winston Churchill d’intervenir auprès des États-Unis pour qu’ils cessent les essais de bombes thermonucléaires. Churchill refuse, estimant que ces essais augmentent les chances de paix dans le monde plutôt qu’elles ne les compromettent.
29-31 mai : Première conférence du groupe atlantiste Bilderberg, tenue à l'hôtel Bilderberg à Osterbeek, près d'Arnhem (Pays-Bas).
6 juin : Création de l'Eurovision par les pays membres de l'Union européenne de radiodiffusion et de télévision. Il s'agit d'un réseau d'échanges de programmes.
26-29 juin : Congrès de la Démocratie chrétienne italenne à Naples. L’aile gauche de la DC, soutenue par les grands holdings d’État menacés par le libéralisme intégral prôné par la Confindustria, prend la direction du parti en la personne d’Amintore Fanfani qui envisage une collaboration avec le centre-gauche, y compris les socialistes nenniens.
16 septembre : A la suite d’une campagne de presse impliquant son fils dans un scandale, le ministre des Affaires étrangères italien, Attilio Piccioni, un des chefs historiques de la DC, démissionne.
28 septembre : Début de la Conférence de Londres : les représentants de la Grande-Bretagne, de la France, de la RFA, de l’Italie, du Canada, de la Belgique, des Pays-Bas, du Luxembourg et des États-Unis se réunissent afin de trouver une solution de remplacement à la Communauté européenne de défense.
3 octobre, Conférence de Londres : Rétablissement de la souveraineté totale de la RFA, qui adhèrera à l’OTAN. Elle possédera une armée propre mais ne pourra produire d’armes atomiques, biologique ou chimique.
6 octobre : La Grande-Bretagne, les États-Unis, l’Italie et la Yougoslavie signent le traité de Londres qui met fin au conflit sur le statut de Trieste : les troupes britanniques et américaines évacueront la zone A qui revient à l’Italie, la zone B étant attribuée à la Yougoslavie. Trieste reste un port franc.
Signature des accords de Paris qui reprennent les principes définis à Londres. Mise en place de l'Union de l'Europe occidentale qui se base sur le traité de Bruxelles modifié (Londres-Paris, 3-23 oct), auquel adhèrent la RFA et l'Italie (qui se réarment donc). L’Union soviétique proteste contre ces accords et renouvelle sa proposition d’un pacte européen de sécurité collective.
Accord sur la Sarre signé par Pierre Mendès France et Konrad Adenauer qui prévoit le maintien de l’union économique franco-sarroise et l’organisation d’un référendum permettant à la population sarroise de se prononcer sur ce statut.
23 décembre : Le parlement italien ratifie le traité de l’UEO.
30 décembre : Ratification par la France des accords de Paris sur l'Union de l'Europe occidentale et l'OTAN.
2 197 300 chômeurs en Italie (300 000 de plus qu’en 1950).